28 May 2026 • Blue Economy
Interview du CEO de l’edb sur l’économie bleu
Comment l’Economic Development Board (EDB) définit-il l’économie bleue dans le contexte mauricien, et en quoi ce pilier s’inscrit-il dans la stratégie globale de diversification économique du pays ?
L’économie bleue consti-tue, pour Maurice, bien plus qu’un secteur : c’est un levier structurel de transformation économique. Elle repose sur la valorisation durable des ressources marines et côtières, dans une logique inté-grée et à forte valeur ajoutée. Avec une zone économique exclusive de plus de 2,2 millions de km², Maurice dispose d’un actif straté-gique encore sous-exploité.
Dans ce contexte, l’économie bleue s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale de diversification. Elle vise à réduire la dépendance aux secteurs traditionnels, tout en créant de nouveaux moteurs de croissance dans des domaines tels que l’aquaculture offshore, les énergies marines renouvelables, les services maritimes et la finance bleue.
Quels sont les atouts spécifiques de Maurice pour se positionner comme un hub régional de l’économie bleue dans l’océan Indien ?
Maurice dispose tout d’abord de cette vaste zone économique exclusive (ZEE), constituant un levier stratégique majeur. À cela s’ajoutent une stabilité politique, sociale et économique reconnue ainsi qu’un cadre légal et réglementaire moderne, particulièrement attractif pour les investisseurs.
Par ailleurs, Maurice s’appuie sur un secteur financier solide et bien régulé, capable de soutenir des mécanismes de financement innovants. Sa position géostratégique, au croisement des routes commerciales maritimes reliant l’Asie à l’Afrique et à proximité des principales zones de pêche au thon, constitue également un atout majeur.
Enfin, la proximité avec le continent africain renforce son rôle de plateforme régionale, tandis que l’accès préférentiel au marché européen, sans droits de douane ni quotas, offre des perspectives commerciales particulièrement avantageuses.
À ces fondamentaux s’ajoute un levier différenciant majeur : le port franc de Maurice, véritable plateforme logistique intégrée à forte valeur ajoutée. Celui-ci permet aux opérateurs de mener, en régime hors taxe, un large éventail d’activités, notamment l’entreposage et le stockage, l’étiquetage et le reconditionnement, le tri et le calibrage, la transformation légère, ainsi que l’assemblage et la réexportation.
Cet écosystème renforce la capacité de Maurice à capter et redistribuer des flux commerciaux régionaux, en particulier dans les filières liées aux produits de la mer et aux activités maritimes.
Quel rôle occupe l’EDB dans la structuration, la promotion et l’accélération de ce secteur, tant au niveau local qu’international ?
Le rôle de l’EDB a évolué, passant d’un simple promoteur d’investissements à un véritable architecte d’écosystèmes économiques, capable de connecter investissements, expertises et opportunités à l’échelle de l’océan Indien et du continent africain. Notre approche repose sur trois priorités : faciliter, connecter et catalyser. Il s’agit à la fois de créer un cadre propice à l’investissement, d’aligner les acteurs, et d’orienter les flux vers les segments à plus fort potentiel.
Concrètement, nous accompagnons le renforcement des chaînes de valeur existantes, tout en accélérant le développement de nouveaux segments, notamment l’aquaculture, le bunkering (soutage – NDLR) et les services maritimes. Parallèlement, nous soutenons l’émergence d’activités à plus forte valeur ajoutée, telles que les services techniques maritimes, les chantiers navals et la recherche appliquée. Au-delà des projets individuels, notre priorité est de structurer des filières cohérentes, capables d’atteindre une masse critique et de s’intégrer dans les chaînes de valeur régionales et globales.
Quelle est aujourd’hui la contribution de l’économie bleue au PIB de Maurice, et quelles sont les perspectives d’évolution à moyen et long terme ?
L’économie bleue représente un pilier déjà significatif de l’économie mauricienne, avec une contribution estimée à 10,3 % du PIB en incluant les effets directs, indirects et induits à travers les différentes chaînes de valeur. Cette contribution reflète son caractère transversal, couvrant des activités allant de la pêche et la transformation aux services portuaires et au bunkering.
À titre d’illustration :
- Les exportations de poisson ont atteint 15 milliards de roupies (288 millions d’euros – NDLR) en 2025 ;
- Les ventes du bunkering se sont élevées à 32 milliards de roupies (615 millions d’euros – NDLR), avec un volume dépassant 1 million de tonnes métriques en 2025 ;
- Le secteur génère environ 10 000 emplois directs, hors tourisme côtier.
Au-delà de ces indicateurs, l’enjeu principal réside dans le passage à l’échelle et la montée en valeur ajoutée.
L’ambition, telle qu’exprimée par le ministère de tutelle, est de porter cette contribution à 20 % du PIB d’ici 2035, en s’appuyant sur une montée en valeur ajoutée, une meilleure intégration des chaînes de valeur et une accélération des investissements.
À terme, l’économie océanique est appelée à devenir un moteur structurant de croissance, contribuant à la fois à la diversification économique, à la sécurité alimentaire et à la résilience du pays.
Quel sont les créneaux identifiés comme les plus porteurs, et pourquoi ?
Nous observons une dynamique en deux temps. D’une part, les secteurs établis – pêche, transformation du thon, activités portuaires – offrent encore un potentiel important via la montée en valeur ajoutée et l’optimisation des chaînes logistiques. D’autre part, les secteurs émergents constituent le véritable relais de croissance : l’aquaculture offshore durable, les énergies marines renouvelables, les services et la logistique maritimes et le bunkering.
Enfin, un troisième axe, en forte montée en puissance, concerne les activités à forte intensité de services et de connaissance, notamment les chantiers navals et services de maintenance, la recherche et développement appliquée aux ressources marines et les services techniques et d’ingénierie maritime. Ces segments répondent à des tendances globales fortes : sécurité alimentaire, transition énergétique et intensification du commerce maritime.
Les Assises de l’Océan jouent ici un rôle structurant en permettant de définir un plan directeur cohérent autour des priorités nationales.
Maurice a-t-elle déjà réussi à attirer des investissements significatifs dans l’économie océanique ? Pouvez-vous citer quelques projets ou types d’investisseurs ciblés ?
Une dynamique d’investissement est clairement engagée. Des avancées concrètes ont été réalisées dans l’aquaculture, l’expansion des fermes marines, la modernisation de la flotte de pêche – avec environ 2 milliards de roupies (38 millions d’euros – NDLR) d’investissements ainsi que dans le développement du bunkering, avec l’arrivée de nouveaux opérateurs.
Par ailleurs, plusieurs projets structurants sont en cours, notamment dans le stockage de produits pétroliers et les infrastructures associées. Ces initiatives confirment l’attractivité croissante du secteur. L’enjeu désormais est de passer à une phase d’accélération, en attirant davantage d’acteurs internationaux et en développant des projets de plus grande envergure.
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